L'écrivain d'eau douce

17 mai 2010

Écrivain à deux balles... Écrivain de pacotille... Pseudo-écrivain... Gribouilleur... Arnaqueur... Bafouilleur... Imposteur... Menteur... Trop péjoratif tout ça! Alors disons... "Écrivain d'eau douce". Comme les marins chevronnés traitant les plaisanciers s'aventurant en haute mer de "Marins d'eau douce". Me voilà en effet noyé dans un océan d'encre subtile, où un médiocre prolo inculte comme moi ne devrait pas se trouver...

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LA PLUIE FANTÔME

853En 1960, un repris de justice, vétéran de la guerre d'Algérie, est condamné à mort et guillotiné dans la cour de la prison des Baumettes. Parmi ses effets personnels, on découvre son journal intime. Le contenu de celui-ci s'avère très troublant et fort dérangeant. La_pluie_fantôme(PDF)                                                        Tous droits réservés © Michel Ourganche,2010                              Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé serait coïncidence purement fortuite.ENR.SDGL.

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Note de l'auteur

Norbert Dufroy a t-il existé?  C'est la question qu'on peut se poser en lisant le compte-rendu de ses carnets, tant les détails abondent dans le sens de son existence. Mais on peut raisonnablement en douter, tant certaines contre-vérités y sont présentes.  Mais est-on vraiment obligé d'écrire la vérité dans un journal intime?   Le fait de mentir à soi-même, n'est pas chose courante?   Après réflexion, on en vient à cette évidence: Qui n'a pas connu la grande solitude? Une longue traversée du désert? La folie ou un gros pétage de plomb? La maladie, voir la maladie mortelle?  Bref, Norbert Dufroy a vécu à toutes les époques et dans tous les milieux.  Il peut-être vous, moi, tout le monde, ou ne pas être...  Comme il vous plaira...

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16 mai 2010

LA PLUIE FANTÔME

s46___copieLT/Colonel XXXXXXX* Paris le 25 mars 1961* Direction générale de la commission Confidentiel défense* 24 bis rue xxxxxxx xxxxx* Paris 14ème (Dep. Seine)*                                                                     A Monsieur XXXXX XXXXX, XXXXXX du centre carcéral des Baumettes, Marseille(Dep. Bouches du Rhône)* Objet: Carnets du détenu Dufroy Norbert*                                                                         Monsieur. Suite à votre courrier faisant état de révélations compromettantes au sujet des événements d'Algérie dans le journal intime du dénommé Dufroy Norbert, né à Alençon le 27/02/1923, condamné à mort et guillotiné le 17/07/1960, les carnets au nombre de trois, retrouvés dans les affaires personnelles de ce dernier après son exécution, ont été transmis au service des affaires algériennes. Après examen des documents, le service reconnaît qu'en de  nombreux points, ce journal intime fait état de certaines informations qui, notamment en raison des opérations militaires en cours, ne peuvent entrer dans le domaine public. De plus, le dénommé Dufroy Norbert ayant servi au 4ème RAML comme canonnier, y met en cause certains officiers et sous-officiers de ce régiment, sans que les faits qu'il leur impute puissent être prouvés. En conséquence, la commission considère que ces carnets ne peuvent être restitués à la famille du dénommé Dufroy Norbert, et seront classés secret défense. Tout en vous remerciant, Monsieur, de votre aimable collaboration, nous vous demandons de garder la plus grande discrétion au sujet de ces documents.                                   Sincères salutations.                                                     LT/Colonel XXXXXXX    VERSION_AUDIO1

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15 mai 2010

RAPPORT: DUFROY NORBERT.  DOSSIER N°1961/BFX03-6  Copie intégrale des trois carnets:   

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12 mars 1956

af2J'aurais jamais dû écouter ce crétin de Guédon. Je le dis, je le répète sans cesse, mais c'est un fait. J'ai été trop con de m'embarquer dans cette aventure débile avec des naïfs comme eux. C'était trop simple et trop simpliste. N'importe quel crétin comprendrait qu'après avoir joué les cambrioleurs, il faut écouler la marchandise au plus vite. Mais Guédon et ses deux andouilles voulaient jouer les capitalistes. Ils stockaient le matos dans leur baraque pour se partager le butin dans leurs vieux jours!  Non mais quelle bande de connards!!! Guédon s'est fait tauper bêtement par les condés alors qu'il siphonnait un camion. Les poulets en voyant la caverne d'Ali Baba dans la baraque ont vite compris qu'ils venaient de mettre la main sur le gang qui vidait les résidences secondaires depuis plusieurs mois. Tous les autres et moi avec, on est vite tombés dans le panier à salade. Les autres avaient un casier long comme le bras et ont fini au mitard. Guédon n'avait pas de casier. De ce fait, ils l'ont relâché peu de temps après. Après coup il a dit: "Ho ben finalement c'est une bonne expérience la garde à vue! Comme ça je sais comment ça se passe!" Et tout ça avec son sourire niait. Non mais quel connard! Moi j'en étais pas à mon coup d'essai. Alors on m'a laissé le choix entre deux avenirs merdiques: La taule ou l'engagement pour l'Algérie. Après mon histoire de trafic de bagnoles, le même juge m'avait donné le choix entre le gnouf et l'Indochine. J'avais alors préféré le gnouf. Mais là c'est clair, plutôt le front que le zonzon avec ses cafards et où on peut pas aller se doucher sans se faire enculer!   -Vous êtes un héros de la résistance Dufroy! On a besoin de votre expérience militaire! Qu'il me dit le juge! Couper des lignes téléphoniques et autres sabotages à la portée de n'importe quel malfrat ou mariole, il appelle ça des actions militaires! Tout ça parce que je suis sorti le seul vivant d'une embuscade de la Gestapo. Quatre bastos dans le bras ont suffi à faire de moi un héros à leurs yeux. À la libé, ils nous ont fait croire que les anciens maquisards comme nous formeraient la nouvelle élite de la France. On a été assez naïfs pour croire leur baratin de pontes endimanchés et emplumés. On était trop jeunes, trop verts. On nous a vite oublié. Je suis retourné bosser chez mon cher père, dans son atelier de mécanique agricole. Pour lui, héros ou pas, je demeurais un sale petit con. Après l'avoir surpris en train de lire le courrier de ma fiancée de l'époque, j'ai pas pu me retenir. Je lui ai pété la tronche. Il n'a pas hésité à porter plainte. C'est là qu'ont commencé pour moi des années d'errance et de galères jusqu'à cette piaule sordide d'Alençon d'où je m'apprête à partir vers le grand sud...   VERSION AUDIO2                                                                                                                                                            

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13 mars 1956

af3C'est un petit matin d'hiver, gris et sale... Le taxi se faufile sur la RN12 au milieu des ornières et des crapauds écrasés sur l'asphalte humide. Les gouttes de pluie glissent sur le capot gris de ce break aronde, en dessinant de petits serpents menaçants dans ma direction. Le chauffeur fume une gauloise. La fumée bleue d'une goldo, y'a rien de plus écoeurant le matin. Pourtant je suis fumeur moi aussi, mais je supporte pas l'odeur de la clope le matin. Le matin, tout me semble plus sale, plus mauvais. Les crottes de chien me semblent plus voyantes, plus puantes, et les gens plus cons. Bref, j'aime pas le matin... Le taxi file vers Moyenne où je dois prendre mon train. En effet la voie ferrée Alençon-Le Mans est en réfection. Le terrible mois de février qui vient de s'écouler a fait beaucoup de dégâts. La douze en a un coup dans la gueule aussi, mais ça roule quant même. Nous y voilà, la ville de Moyenne est encore endormie. Mais qu'elle soit en sommeil ou éveillée, beaucoup comme moi y ressentent un étrange sentiment de malaise. Un truc indéfinissable, comme une fuite de gaz qui nous enivre avant de nous faire vomir et de nous péter à la gueule. Les réverbères palots et rares n'y sont pour rien. Il y a dans cette ville comme un poison dans l'air qui nous crève l'âme avant parfois de nous tuer tout à fait... Mon copain Georges Lambertier s'y était installé après son divorce. Il s'y est mis à picoler à mort. C'était pourtant pas du tout son genre. Il avait des ardoises de bistrot aussi hautes que ces peupliers qui défilent dans la grisaille sur le bas côté. De la bière à la mise en bière... Heureusement il est enterré chez lui à Villaines. Parce que reposer en paix à Moyenne, ça doit pas être facile, même pour un mort. C'est là aussi que Guédon y avait rencontré sa bande de malfrats et qu'il avait commencé ses conneries. Quant aux habitants de cette ville...Je ne vais pas m'étendre sur eux. Je serai malpoli... Mattéo, un républicain espagnol, me racontait qu'il était arrivé dans cette ville fin 39 avec d'autres réfugiés. À peine arrivés, ça s'était terminé en castagne avec les employés communaux. Il me disait qu'à Moyenne il avait regretté le camp d'Argelès. C'est pour dire la gueule du bled. Moi aussi j'ai comme tous ceux qui s'y sont attardés une part de malheur. En effet, la dernière fois que j'ai mis les pieds à Moyenne, c'était y'a deux ans. C'était l'été, il faisait chaud, mais l'atmosphère y était tout aussi glauque qu' aujourd'hui. C'était pour rejoindre Jocelyne au tribunal et dire oui au divorce... Elle me regardait avec ses yeux de merlan frit, entourée qu'elle était de ses deux enculés de frangins. Ils avaient peur que je la brutalise ces deux nazes!!! J'avais rencontré Jocelyne dans un café en sortant d'un cinéma de Laval quelques mois plus tôt. On s'est mis à parler de nos voyages, surtout de l'Italie qu'on adorait tous les deux. Tout de suite le coup de foudre. Mais déjà y'avait un problème. C'était une citadine pure et dure, et moi un rural dans l'âme. ça pouvait pas coller. Pour moi cette femme, c'était l'opportunité de rentrer dans le droit chemin après des années de fauche et de rapine. Mais lors d'un voyage à Venise, j'ai découvert qu'elle était aussi malhonnête que moi, une pique-assiette sans pareille, et une arnaqueuse hors pair. Raté pour la rédemption! En revenant de Venise, je sais pas quelle lubie nous a pris... On était à Nice. Le ciel était d'un bleu intense et les mimosas d'un jaune pétant. L'air du temps était trop romantique. Bref, on s'est marié sur un coup de tête avec deux compagnons de voyage comme témoins. Quelle mièvrerie! C'est monstrueux de connerie quand j'y pense. Comme si un engagement comme ça pouvait avoir une quelconque valeur pour une baroudeuse comme elle! Quand je lui ai parlé de vie commune et que j'ai commencé à être plus présent dans sa vie, les choses ont commencé à se gâter très vite. Elle m'a accusé de tous les mots, pour finir dans ce tribunal kafkaïen de Moyenne... Elle, rat des villes. Moi, rat des champs. Avec pour point commun d'être deux rats quand même. Les rats se bouffent entre eux c'est bien connu... Les mimosas c'est très beau, mais ça pue le poisson pourri. J'avais pas fait gaffe à ça... J'arrive à la gare. Le guichetier ne répond pas à mon bonjour. Je monte dans le train. C'est parti. C'est un petit matin d'hiver, gris et sale...   VERSION AUDIO3                                                                                                 

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14 mai 2010

14 mars 1956

af3Le train arrive enfin à Draguignan. J'ai mal partout. J'ai pas dormi. Les pouilles du 4ème RAML nous débarquent sans ménagement, pour nous rembarquer aussitôt dans des GMC dont le kaki est tacheté du caca de la route boueuse.  La douzaine d'"engagés volontaires" qu'on est, a une moyenne d'âge bien plus élevé que les gamins qui nous emmènent. C'est clair qu'on est tous des malfrats à qui on a donné le choix entre le kaki et le cachot. Déjà que les pouilles c'est pas accueillant, avec nous ils ont encore moins de raisons d'être aimables. Mais bon, l'air est doux, le ciel est d'un bleu intense et y'a des mimosas. Comme le jour de mon mariage. Qu'est-ce que ça chlingue le mimosa... Tout de suite, perception du paco, tout le monde en kaki et ranjos. Puis, séance de scalpage à coup de tondeuse. Officiellement, la coupe à raz chez les bidasses, c'est pour une question d'hygiène. Mais la plupart des gens pensent que c'est pour les humilier. Moi je pense pas ça. Je pense que c'est beaucoup plus psychologique. Ce qui nous identifie le plus, c'est notre tête. En changeant nos tronches, l'armée veut nous faire comprendre qu'à partir de là on devient quelqu'un d'autre. On voit nos cheveux tomber comme des serpents qui laissent leur vieille peau derrière eux après leur mue. Un homme est mort, une nouvelle créature est née. Même coiffure, même couleur que les autres, même façon de se déplacer, ensemble, tous pareils, comme un seul, comme une seule machine à tuer... Seules nos âmes y échappent au début, avant de se plier elles aussi... L'individu n'existe plus, quelqu'un d'autre se met à penser à sa place... Le principe était le même dans les camps de concentration. Il fallait faire comprendre aux déportés que rien ne serait plus comme avant...    VERSION_AUDIO4

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15 mars 1956

af4J'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Ma boule à zéro me gratte et puis y'a ces putains de merles! Ceux-là, derniers couchés et premiers levés avant l'aube. Leurs pas qui bondissent sur le toit en taule, font penser à des balles de tennis qui rebondissent. ça me fait penser aux filles Demestre. Les filles du célèbre avocat. Avant guerre, il était le propriétaire du domaine de Champfrèles. Il avait un cours de tennis privé où ses filles jouaient l'été. À chaque échange, leurs petites jupettes se soulevaient et laissaient entrevoir leurs petites culottes. Avec les gamins du village, on les matait planqués derrière la haie. On se branlait comme des malades dès qu'on voyait leurs rondeurs. Celui qui envoyait la purée le premier payait son coup. Bien des conneries d'ados ça! Après leur match, en guise de fleurs, ces demoiselles découvraient au détour de la haie, des graminées et des mures cristallisées en une étrange gélatine blanchâtre...                        7h00: On fait la connaissance de nos supérieurs. Pas de surprise pour moi. ça fait plus de dix ans que j'ai pas porté l'uniforme, mais la glorieuse armée française fait toujours peine à voir. La grande muette reste un concentré de connerie humaine sans commune mesure. C'est tellement concentré qu'à la moindre embrouille ça pète: Juin 40, un panzer dans les Ardennes: BOUM! Mars 54: Camping dans un trou en Indo: BOUM! Et j'en passe... En attendant le prochain Waterloo, nos pouilles paradent comme des paons qui ignorent qu'ils vont bientôt passer à la rôtissoire. Parmi cette faune kaki, le plus beau: L'adjudant Clouseau. Avec ses petits gants blancs, et son air hautain, il fait très aristo. Pourtant il n'a qu'un CAP de menuisier. Cela n'empêche pas ce quasi illettré de traiter d'abrutis des deuxième classe beaucoup plus calés que lui! Mais bon il a sa barrette, donc il se la pète!  Le sergent Reichmann: Il est tout petit, il est laid avec ses grosses lunettes. En plus son papa était soldat dans la Wermacht. Donc pour se faire respecter, il se croit obligé de gueuler plus fort que les autres. Il y'en a bien d'autres. Mais la cerise sur le gâteau, c'est bien le lieutenant Malborgne, un rouquin barbu. Au début je croyait que c'était un acteur. Je me disais, c'est pas possible. On tourne un film. Doit y'avoir une caméra dans le coin. Mais non, il joue pas! Ce type s'est engagé à seize ans. Depuis tout ce temps passé dans les casernes, même ses neurones doivent être kakis. Il se présente, commence son discours très calmement, puis ça monte en intensité. Au bout de dix minutes, il est déchaîné! C'est Hitler! Il va bientôt s'embraser! Il éructe: -Si on fait rien, les bougnouls et les rouges vont venir chez nous!!!... Puis il me regarde, droit dans les yeux! Il me fixe du doigt!  -Si ils viennent, ils vont violer ta femme, ta soeur, ta mère, et même ta grand mère!!! J'en peut plus. J'éclate de rire. Il réplique en me foutant un pain dans la gueule. Mitard...                                                                                                        VERSION_AUDIO_5

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13 mai 2010

20 mars 1956

af4Au bout de trois jours de zonzon, je te retrouve enfin cher journal. Tout ce temps sans te confier les conversations des cafards de ma cellule. Leurs petites pattes sur le ciment, émettent des petits cliquetis qui font penser à du morse. Sûr que les rouges et les félagas les ont retourné! Ils envoient des messages vers Moscou! Ils nous espionnent! Rien que de penser à l'idée que le KGB reçoit les comptes rendus de mes branlettes dans ma cellule, ça me fait frémir! J'en parlerais bien au lieutenant Malborgne, mais mon coquard me fait encore mal...    VERSION_AUDIO6

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