L'écrivain d'eau douce

Les nouvelles illustrées de Michel Ourganche en version intégrale.

02 décembre 2006

Chapitre2: Les guerres

8604756_pNous étions en novembre 2025. Depuis vingt ans, Manu avait assisté impuissant, à l'effondrement de l'occident: Le crack boursier de 2008 avait complètement anéanti l'économie mondiale. Au niveau énergétique, suite au boum économique asiatique, la demande en pétrole avait dépassé l'offre, aggravant ainsi la crise et les conflits. Le climat avait énormément changé partout. Les glaciers himalayens avaient fondu à vitesse grand V. Du coup, tous les grands fleuves arrosant l'Inde, le sud-est asiatique et surtout la Chine, avaient vu leurs débits réduits à de petits ruisseaux. Ainsi, les rendements agricoles s'étaient effondrés, et la moitié de l'humanité avait plongé dans la famine. Des millions de réfugiés asiatiques frappèrent alors à la porte d'une Europe hostile. Les armées européennes répliquant par la force à ces hordes d'affamés, toutes les nations orientales vinrent à leur rescousse. Face à ces troupes immenses et coalisées, comme les mongols en leur temps, les forces de l'Otan furent balayées en six semaines. Au devant des asiatiques, il y'avait des milices proche-orientales qui pillaient et dévastaient tout sur leur passage. Des soldats rescapés de l'Otan voulurent jouer aux héros, en tentant d'empêcher les fronts sud et est de se rejoindre. Ils avaient amassé leurs troupes sur la nationale D, aux abords de Boyème. Les dernières troupes occidentales furent ainsi massacrées en quatre jours. Les survivants se répandirent dans les environs. Les envahisseurs, les poursuivant, en profitèrent pour tout raser tel Attila sur vingt bornes à la ronde. De la ville de Boyème, on disait qu'il n'en restait plus rien.                                                                                                                                              En France, la situation s'était dégradée avant même le crack boursier. Le pays avait brutalement sombré dans la guerre civile. Cette guerre nommée plus tard, "la guerre des banlieues" allait durer treize ans. Elle commença par des émeutes sporadiques, et puis petit à petit, face à l'incompétence des dirigeants, les kalashs et les lance-roquettes remplacèrent les cocktails Molotov. Ce fut un carnage épouvantable. A un moment donné, la ville de Paris fut même assiégée, et Bourges fut nommée capitale provisoire. L'armée finit par gagner en utilisant l'artillerie lourde. Mais les "banlieusards" qui survécurent au massacre, se constituèrent en gangs de pillards qui rançonnèrent les campagnes. Au début de la guerre, des ruraux comme Manu regardaient les événements avec distance comme on regarde une guerre dans un pays étranger à la télé. En effet, la plupart des provinciaux méprisaient tout autant ces banlieusards d'origine étrangère, que ces bobos arrogants de parisiens. Ils se sentaient très peu concernés. Mais quand ces escadrons urbains sont arrivés dans leur campagne, et ont commencé à jouer les pirates de la route en détroussant les gens, et en les abattant froidement,la terreur s'est installée.                                                                                                                           A cette époque, Manu habitait le village de Vertoy dans le haut Maine. Cette province improbable, Coincée entre la Normandie et la Bretagne, rattachée à la pseudo-région des pays de Loire, alors qu'elle est aussi éloignée de la Loire que de Paris, et peuplée d'habitants peu nombreux, sans véritable identité, dans l'indifférence de leurs voisins. Bref, le genre d'endroit où tout finit par se savoir très rapidement.pony Un dimanche, en allant voir ses parents au hameau du pommier à deux kilomètres de là, il trouva la maison familiale complètement vidée de ses meubles et de ses habitants, dont son père presque centenaire. Il avait mené des recherches pendant des mois, mais ses parents demeuraient introuvables. Les gendarmes débordés lui répondaient toujours la même chose: -Désolé monsieur Dubou, on a rien pour vous... Il s'était installé quelques mois plus tard dans la demeure, qu'il avait transformé en forteresse.                                                                                 Une chaude journée de juin en rentrant chez lui, il fut coursé par une BM de "banlieusard". Il l'attira dans un chemin creux, et là, à la surprise du poursuivant, il sortit la 22 que son paternel avait un jour planqué dans le hangar sur la colline, et il abattit froidement le pirate. Le type était un français de souche. Ses papiers disaient qu'il s'appelait Kévin. Il était de Sarcelles et devait avoir dans les vingt-cinq ans. Manu fut surpris de ne rien ressentir. Il était vrai que c'était certainement un mec comme ça qui avait fait disparaître ses parents, et que la barbarie était devenue monnaie courante. Mais le sang froid avec lequel il l'avait tué l'étonnait beaucoup. Il se dit qu'il était peut-être viscéralement un tueur. Mais peut-être aussi cela venait du fait qu'il n'aimait pas les gens. Pour un loup solitaire comme lui, le contact avec les autres n'avait jamais été un enrichissement, mais une contrainte. Des autres, étaient venus tous les problèmes, tous les chagrins... Les rares moments de bonheur et d'extase, il les avait connu seul. Il était gémeaux, et comme tous les gens de ce signe, il était animé d'une forte dualité. De ce fait, il ne se sentait jamais solitaire. Deux êtres vivaient en lui en parfaite symbiose. Tous les contacts extérieurs, il les vivait comme une agression. La devise d'un célèbre philosophe Parisien qui disait que l'enfer se limite à nos semblables était la sienne.  Il sépara les fringues du corps, et les papiers des fringues. Il brûla le tout séparément, et, comme pour Osiris dans la mythologie égyptienne, les restes du bandit furent dispersés par ses soins aux quatre vents et aux quatre coins de la commune. Avant d'enflammer le bûcher, il contempla le corps nu du jeune homme, et regardant sa verge flétrie, il pensa cyniquement qu'il en avait une plus grosse que la sienne... Il regarda d'un oeil satisfait le corps s'embraser, et se dit que pour la première fois de sa vie, il avait cessé de subir...                                                                       Lorsque la guerre, mondiale cette fois, arriva jusque dans le haut Maine, Manu s'établit en permanence dans le hangar sur la colline. De la haut, il pouvait voir toutes les routes du sud et de l'ouest. On disait que logiquement les asiatiques viendraient de l'est. Mais, suivant la nationale D, ils étaient passés au nord de la commune de Vertoy, et pilonnaient maintenant le pays de Boyème à l'ouest. Là bas les combats faisaient rage avec les déspérados de l'OTAN. Certains au village voulaient l'enrôler dans la résistance. Mais résister à quoi? Même la bombe atomique n'avait pas freiné cette horde. Ils avançaient, toujours plus nombreux. Ils venaient de partout. Et pourquoi résister? Pour revenir au monde d'avant?!? Les rumeurs les plus effrayantes couraient sur les asiatiques, mais est-ce que la situation pouvait être pire que ces dernières années avec les banlieusards? Depuis longtemps, plus personne ne se reconnaissait en cette France du début du XXIème siècle. On lui parlait d'honneur et de patrie... Mais la patrie de Manu n'était pas de ce monde. Son univers était en lui, et aussi quelque part là bas, de l'autre côté des buttes d'Hordonges, à Boyème, où l'avait jadis quitté Marianne sa bien aimée... En 1944, son père s'était engagé dans la résistance, parce que son idéal était de revenir à la vie d'avant. Mais il l'avait fait sans haine et sans patriotisme débile. Capturés par la gestapo, les siens avaient décidé de mourir en héros en criant "vive la France". Son père, lui, avait profité de la seule occasion d'échapper à ses geôliers pour réussir à s'enfuir. Les deux autres étaient morts en héros... Une génération plus tard, tout le monde avait oublié leur sacrifice...  Maintenant, Manu allait faire comme son père quatre vingt ans plus tôt: Il allait s'enfuir dans les bois. Entre l'héroïsme et la vie, il allait choisir la vie... Avec le zoom de son vieux camescope, il scrutait les routes environnantes pour voir quel genre de faune y circulait. Au devant des immenses colonnes de fumée qui montaient au delà des buttes d'Hordonges, il voyait des réfugiés, qui chargés comme des mulets, titubaient sur la chaussée dans la chaleur écrasante de l'été et dans le fracas des bombes, dont on ne percevait que les vibrations sourdes. Dans la nuit, il voyait des phosphènes rouges vers l'ouest qui dessinaient des ombres lugubres dans la fumée. Plusieurs fois, il avait cru y voir le fantôme de Marianne qui lui souriait... Le cinquième jour, au matin, il fut réveillé par des explosions beaucoup plus proches. Désormais, il percevait le bruit des bombes. Saisissant son camescope, il vit non plus des loques humaines, mais des mecs habillés d'uniformes vert lézard sur des véhicules de la même couleur. Manu prit son sac préalablement préparé, et disparut dans la forêt...                                                                              Ce séjour de deux semaines dans les bois, s'était passé pour lui comme une expérience chamanique. Il avait perdu toute notion de temps et d'espace. Le chant des oiseaux ponctué par le passage des avions à réaction et des hélicoptères, faisait chez lui plus d'effet que des vapeurs de cannabis. ça lui faisait penser à "Apocalypse now " le film de Coppola. A un moment donné, il s'était pris pour le colonel Kurtz. Mais aucun capitaine n'était venu dans la forêt pour achever son cauchemar.

Posté par pagesperdues à 16:24 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

pense à sauter des lignes, faire des paragraphes, etc, car c'est illisible, ce qui est très dommage ;-)

Posté par ouimais, 24 décembre 2006 à 00:26

La version PDF (téléchargeable ci-dessus) est beaucoup plus lisible.

Posté par pagesperdues, 24 décembre 2006 à 00:36

Comme tu peux le voir, j'ai suivi tes conseils. J'ai commencé à remanier le texte pour qu'il soit plus "lisible". Un blog c'est fait pour publier des petits messages, pas des pavés de 81 pages comme le mien! D'où la difficulté d'y transposer le texte dans sa version d'origine. Pardonne-moi mes maladresses. Je ne suis qu'un écrivain d'eau douce...

Posté par M.Ourganche, 25 décembre 2006 à 01:51

merci , c'est beaucoup plus lisible ;-)

Posté par ouimais, 27 décembre 2006 à 09:38

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