af2J'aurais jamais dû écouter ce crétin de Guédon. Je le dis, je le répète sans cesse, mais c'est un fait. J'ai été trop con de m'embarquer dans cette aventure débile avec des naïfs comme eux. C'était trop simple et trop simpliste. N'importe quel crétin comprendrait qu'après avoir joué les cambrioleurs, il faut écouler la marchandise au plus vite. Mais Guédon et ses deux andouilles voulaient jouer les capitalistes. Ils stockaient le matos dans leur baraque pour se partager le butin dans leurs vieux jours!  Non mais quelle bande de connards!!! Guédon s'est fait tauper bêtement par les condés alors qu'il siphonnait un camion. Les poulets en voyant la caverne d'Ali Baba dans la baraque ont vite compris qu'ils venaient de mettre la main sur le gang qui vidait les résidences secondaires depuis plusieurs mois. Tous les autres et moi avec, on est vite tombés dans le panier à salade. Les autres avaient un casier long comme le bras et ont fini au mitard. Guédon n'avait pas de casier. De ce fait, ils l'ont relâché peu de temps après. Après coup il a dit: "Ho ben finalement c'est une bonne expérience la garde à vue! Comme ça je sais comment ça se passe!" Et tout ça avec son sourire niait. Non mais quel connard! Moi j'en étais pas à mon coup d'essai. Alors on m'a laissé le choix entre deux avenirs merdiques: La taule ou l'engagement pour l'Algérie. Après mon histoire de trafic de bagnoles, le même juge m'avait donné le choix entre le gnouf et l'Indochine. J'avais alors préféré le gnouf. Mais là c'est clair, plutôt le front que le zonzon avec ses cafards et où on peut pas aller se doucher sans se faire enculer!   -Vous êtes un héros de la résistance Dufroy! On a besoin de votre expérience militaire! Qu'il me dit le juge! Couper des lignes téléphoniques et autres sabotages à la portée de n'importe quel malfrat ou mariole, il appelle ça des actions militaires! Tout ça parce que je suis sorti le seul vivant d'une embuscade de la Gestapo. Quatre bastos dans le bras ont suffi à faire de moi un héros à leurs yeux. À la libé, ils nous ont fait croire que les anciens maquisards comme nous formeraient la nouvelle élite de la France. On a été assez naïfs pour croire leur baratin de pontes endimanchés et emplumés. On était trop jeunes, trop verts. On nous a vite oublié. Je suis retourné bosser chez mon cher père, dans son atelier de mécanique agricole. Pour lui, héros ou pas, je demeurais un sale petit con. Après l'avoir surpris en train de lire le courrier de ma fiancée de l'époque, j'ai pas pu me retenir. Je lui ai pété la tronche. Il n'a pas hésité à porter plainte. C'est là qu'ont commencé pour moi des années d'errance et de galères jusqu'à cette piaule sordide d'Alençon d'où je m'apprête à partir vers le grand sud...   VERSION AUDIO2