L'écrivain d'eau douce

Les nouvelles illustrées de Michel Ourganche en version intégrale.

27 novembre 2006

Chapitre7: La caméra

La_web_camEn ce quatre octobre 2004, Manu était en stage de secourisme dans sa papeterie. De ce fait, il rentra plus tôt dans son appartement, à l'étage de la mairie de Vertoy.  -Demandez monsieur le maire, c'est moi! S'amusait-il à dire à tout le monde. Il fallait passer par l'entrée de la mairie pour entrer chez lui. Du coup, beaucoup de gens ignoraient qu'il y avait un logement au dessus. ça lui évitait de recevoir la visite d'assureurs, de démarcheurs et autres chieurs notoires. Tout lui était ouvert à la mairie. Ses parents étaient du bled, alors on lui faisait confiance. Il disait à tout le monde en riant: -si vous voulez trafiquer le cadastre ou avoir un permis de construire, je suis là! Il vivait seul dans cette grande maison depuis quelques années. Il avait quitté son immeuble de Villejeule, depuis envahi par les cas sociaux. Durant les dix ans qu'il avait vécu là bas, il avait vu la rapide paupérisation de cette bourgade. Très vite, la situation était devenue invivable. Pourtant, Villejeule ne comptait que trois mille habitants. Il avait alors saisi une opportunité de revenir au "pays de son enfance", en s'installant dans cet appartement étrangement situé. Le cadre de la mairie était sympa. Mais une bonne partie du logement était franchement délabré. Les travaux demandés se faisaient attendre. Mais Manu, ça ne le dérangeait pas trop. Pour lui qui était passionné d'archéologie, la décrépitude était un signe d'authenticité.                                                                             Ce soir là, en ce lundi, le programme télé était comme souvent pas très folichon. Il sortit une vieille cassette vidéo du placard: "Un homme et une femme", le seul film potable que Lelouch ait fait en quarante ans de carrière. Il faut dire qu'il prenait de gros risques en jouant à fond sur l'improvisation. Lelouch était un peu comme un photographe du dimanche, qui mitraille à droite à gauche au hasard. Mais au milieu d'un tas de clichés merdiques, un chef d'oeuvre peu soudain apparaître. Avec ce film, ce fut le cas. Cette histoire d'amour éphémère, entre deux êtres meurtris par la vie, était d'une beauté intemporelle qui n'avait pas pris une ride en quarante ans. Mais Manu connaissait ce film par coeur. Il l'arrêta à moitié.                                                                                                                     Il passa dans la pièce à côté, alluma l'ordinateur, bien décidé à se connecter sur le vidéo-chat pour demander à Florent, son collègue boyèmois, de lui rendre enfin sa caméra prêtée deux mois plus tôt. Florent était bien en ligne ce soir là. D'ailleurs, hors mis le boulot, il était presque toujours connecté. Surprise, quand Manu vit apparaître une image du parquet du bureau de son collègue sur l'écran. Florent était en train de brancher la caméra de Manu sur son ordinateur. L'image bougeait dans tous les sens. -Eh! arrête de jouer avec ma cam Ducon!!! S'écria Manu. Il entendit alors la voix d'Hélène, la femme de Florent, lui répondre:-Faut qu'on te présente une copine célibataire. -Ha bon? Ben si c'est ta copine, elle doit pas être très fréquentable! Dit Manu. Il entendit alors deux rires de nanas en bruit de fond. Florent retourna la caméra et le visage d'une blonde au regard angoissé lui apparut. -Manu, je te présente Marianne, notre voisine.-Enchanté... Répondit Manu.  Visiblement troublée par cette rencontre étrange, et cet interlocuteur qu'elle entendait mais qui lui était invisible, Marianne demeurait pétrifiée et ne répondait pas... Manu avait entendu parler de cette fille durant l'été, quand il s'était rendu en Corse avec Florent et Hélène. Toujours acharnés à vouloir le caser, ils lui avaient parlé de cette voisine célibataire, qui habitait chez ses parents avec son jeune frère, et qu'ils avaient rencontré dans les réunions de leur syndic. Marianne, tout comme ses parents, était propriétaire d'un appartement dans la cité du chêne où vivaient Florent et Hélène. Elle venait, selon eux, de connaître une déception amoureuse et adorait les voyages. Elle revenait du Sri-Lanka. Manu se contenta de lui demander si c'était bien. Elle répondit, avec un timbre de voix étonnement masculin, que c'était super. Puis Hélène, qui était assise à côté d'elle, lui demanda: -Tiens dis donc Manu? Tu pourrais pas inviter Marianne à la soirée de fin d'année de la papeterie? Manu hésita. Il sortait très peu, et ce genre de soirée le gonflait plutôt. Florent, qui bossait dans la même papeterie, avait l'habitude de s'y rendre chaque année accompagné d'Hélène. Mais Manu, fallait vraiment le pousser pour qu'il vienne. Et puis pour ce qui est des nanas, ça faisait bien longtemps qu'il s'était résigné.                                                                           Les rares expériences qu'il avait eu avec des filles l'avaient fortement déçu. Il se faisait une image très romantique de la gent féminine. Pour lui, une histoire d'amour se devait toujours d'échapper au quotidien et d'être éternelle. Sa première amourette, il l'avait connu à dix neuf ans avec une fille du même âge, qui en matière de septième ciel avait déjà des heures de vol... Lui, il n'avait jamais touché une femme de sa vie, pas même la moindre pelle. Cette première nuit d'amour fut forcément un désastre, et Manu en sortit traumatisé au petit matin... Les quelques aventures qui suivirent furent toutes aussi brèves et décevantes.                                                                             De plus, quelques années avant, Manu avait été victime d'une tentative de viol à l'âge de dix ans. Ce deux avril 1979, était un beau matin de printemps un peu frais. Manu se rendait à l'école de Vertoy en vélo. Mais il fut dépassé par un mec en mobylette qui le stoppa. Le type baissa son pantalon de survet et lui demanda: -Elle est grosse comme ça la tienne? C'était la première fois qu'il voyait une verge d'adulte. Avec tous ces poils, il trouva ça très laid. -Allez! Touche la! Il lui prit le bras, et l'entraîna dans un chemin creux. Mais les hurlements de Manu et la proximité d'une maison, firent fuir son agresseur. Manu, arrivant à l'école en pleurant, raconta son calvaire. Une enquête fut ouverte, par principe, mais bien peu de personnes le crurent. A cette époque, dans cette région, la sexualité n'était pas taboue, on en parlait tout simplement pas. Ou alors de manière détournée, et toujours plaisamment. Le sexe devait faire rire et apporter la joie, mais ne pouvait être quelque chose d'âpre comme l'avait connu Manu. A partir de ce moment là, le petit Manu changea du tout au tout. Il devint très taciturne. Pour lui, le sexe et l'humanité toute entière allaient toujours avoir une image dangereuse, voir mortelle...                                                                           A part ses parents et quelques vertoyais dubitatifs, personne ne fut mis au courant de cet "incident" qui allait avoir un impact déterminant pour la suite de son existence...                                                                           -Bon alors! Tu l'invites Marianne ou pas?!? Insista Hélène.-Je... Je vais réfléchir. Marianne prit congé en lui souhaitant bonne nuit. Manu n'était pas très chaud pour aller vers une fille dont il ne savait rien, et dont Florent et Hélène ne savaient pas grand chose. De plus, c'était une boyèmoise. Donc forcément une femme qui lui amènerait les pires emmerdes. Hélène finit par le convaincre: -Tu devais pas être là ce soir, et elle, c'est la première fois qu'elle vient chez nous! Le destin veut vous réunir! Si c'était le destin, alors Manu ne pouvait que s'incliner...                                                                            Le fameux jour de la soirée de fin d'année arriva. En ce dix-huit décembre 2004, le temps était absolument merdique. Humide à souhait. Manu détestait l'hiver. La nuit qui tombe à dix-sept heures, avec au choix, la flotte ou le froid, et le soleil dans l'oeil pour le peu qu'on le voit. Et puis il haïssait aussi les fêtes de fin d'année. Ces surenchères entre voisins, à celui qui met le plus de décorations ou le plus gros père Noël. Parfois ça allait tellement loin dans les guirlandes lumineuses et les paillettes, que les baraques lui faisaient penser à des bordels thaïlandais, avec le père Noël en plastique en guise de pute. Enfant, quand on lui avait dit que le père Noël n'existait pas, il lui en avait voulu de n'être qu'une chimère. Depuis, il maudissait ce barbu comme on haïrait un vieux pervers pédophile. Il trouvait particulièrement hypocrite l'attitude des gens durant cette période. Après s'être crachés à la gueule, voir jeter à la gorge durant toute l'année, tout le monde se faisait la bise et s'offrait des cadeaux, comme pour se faire pardonner des crasses faites pendant l'année qui se terminait, et à l'avance pour celle à venir... ça l'énervait tellement que si il n'avait pas habité dans une mairie, il aurait volontiers mis sa poupée gonflable à la fenêtre, parée d'un bonnet de père Noël avec la mention "Joyeuses Pâques".                                                                                                                                 C'est dans cette ambiance qu'il arriva chez Florent et Hélène Lasagne, ce samedi vers quinze heures, alors que la longue nuit hivernale commençait déjà à poindre sur Boyème.

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26 novembre 2006

Chapitre8: La rencontre

8462091_p Marianne arriva quelques minutes plus tard. Manu fut très surpris. Il ne l'imaginait pas si petite, lui trouvait des traits durs, et une voix d'une masculinité troublante... Loin de l'image aseptisée que la caméra avait laissé transparaître. Les Lasagne lui avaient parlé d'une femme plutôt timide. Hors, Marianne souriait et riait à tout bout de champ, d'un rire sarcastique qui en énerverait plus d'un. Elle était habillée simplement, légèrement bourge. Elle faisait plus que ses trente trois ans, même si tout le monde lui prétendait hypocritement le contraire. Elle était très bavarde et très active. Elle ne semblait pas accorder beaucoup d'intérêt à Manu. Il pensait qu'il ne devait pas être son genre. Arrivés face à la gare de Boyème, en attendant le car, il regarda Marianne discuter avec les autres gens. Son large sourire et ses mèches blondes, illuminèrent soudain cette blafarde soirée de décembre. Manu en fut troublé... Une étrange sensation lui parcourut tout le corps. Quelque chose était en train de le travailler profondément, mais il était incapable de savoir quoi...                                                                                                                         La très calculatrice Hélène, faisait tout pour que ça marche entre eux. Elle semblait avoir planifié le protocole à l'avance. Elle s'assit à côté de Marianne, et Florent prit place à côté de Manu. Le car s'en allait vers Tours, dans la pluie et dans la nuit, vers le cabaret "Le Palacio" où avait lieu la soirée. Dans le reflet de la vitre sombre, perlée de pluie, son regard croisait parfois celui de Marianne. Mais ses grands yeux ronds ne laissaient rien transparaître. A l'entrée du cabaret, un grand mec en costard noir, de style gitan, serrait froidement la main de tout le monde comme un rituel. Manu eut le sentiment étrange de s'enfoncer dans une chambre funéraire. L'intérieur était sombre et exigu. Ils se retrouvèrent tous les quatre en bout de table, serrés comme des sardines. Manu faisait face à Marianne. Il fallait mettre son insociabilité chronique au placard. Il pensait que tout comme lui, elle mettrait de côté ce qu'il y'a de plus mauvais en elle. Il faut savoir parfois se mentir pour se rapprocher... Une centaine de personnes s'entassaient le long des tables. Presque toutes travaillaient à la papeterie, et connaissaient ce célibataire endurci, soupçonné d'homosexualité, qu'était Manu. Aussi, furent-ils très étonnés de le voir accompagné de cette petite blonde, apparemment de sexe féminin, malgré sa voix rauque. La conversation porta d'abord sur ce qui les rapprochait, à savoir les voyages. Elle raconta en détail son périple au Sri-Lanka et aux Maldives. Manu lui dit qu'il ne connaissait pas de pays plus fascinant que l'Egypte, et lui proposa même de l'inscrire avec lui pour le voyage du comité d'entreprise, qu'il devait faire au Sénégal en mai. Mais Marianne devait partir en Italie justement ce mois là, et sans doute la même semaine. En parlant de l'Italie, Manu lui raconta cette anecdote qui lui était arrivée à Palerme: Alors qu'il cherchait un distributeur de billets, il entra dans une banque et expliqua au guichetier, dans un mauvais italien, ce qu'il voulait. Le type ressemblait à l'inspecteur Clouseau, la même petite moustache et le même regard niait. Puis, après avoir feint de ne pas comprendre pendant plusieurs minutes, il déclara dans un français parfait: "Vous désirez monsieur?" Et sans rire... Marianne savait fort bien le mettre à l'aise. Il y avait peu de gens avec qui il se sentait bien. Elle venait de rejoindre ce club très restreint.                                                                                                                 Puis, trois volontaires furent désignés pour remplacer les filles du french cancan. Elles s'étaient, d'après l'animateur, cassées les jambes en voulant monter sur scène... Manu fit bien évidemment partie de ces trois là. Il faut dire que Florent avait tout fait pour qu'il soit désigné comme volontaire. Arrivé sur scène, Manu fut surpris. Sur place, le décor était loin d'être aussi pimpant que vu du public. Le parquet de la scène, martelé depuis des années par les talons des danseuses, était dans un piètre état. Le costume de la seule fille "rescapée", si affriolant de loin, montrait de près des coutures grossières et des velcros mal ajustés. Et puis, plus surprenant, les spots étaient si aveuglants, que seuls les premiers rangs du public apparaissaient. Sur place, tout perdait de son côté magique et impressionnant, comme on peut le voir du côté public. Manu se dit que les apparences sont trompeuses, ici comme ailleurs... Malgré son costume de pacotille, la danseuse qui leur servait de prof était une superbe créature. -Regardez-moi, c'est tout simple. Leur dit-elle. Elle colla majestueusement sa jambe contre sa joue... Impossible pour nos trois lascars d'en faire autant. Ils commencèrent leur piètre prestation devant un public hilare. Puis, Manu réalisa sans le vouloir un grand écart parfait, déclenchant la stupeur du public et ses applaudissements nourris. Manu, lui, ne fut malgré son succès pas très fier. Il ressentait une vive douleur à l'entre-jambe. Il pensait que ce n'était pas le moment. Car cette partie de son corps, à l'abandon depuis des années, allait peut-être reprendre du service sous peu...                                                                                                                                             Ils embarquèrent dans la nuit pour le voyage de retour. La pluie avait cessé. La toujours prévenante Hélène, prit place cette fois à côté de son mari, obligeant ainsi Marianne à se poser près de Manu. Après avoir parlé encore des voyages, Marianne s'endormit comme tout le monde, sauf bien sûr cet insomniaque de Manu. Dans cette nuit humide de décembre, l'horizon laissait apparaître des halos rougeâtres de quelques cités lointaines, qui parvenaient à éclairer faiblement le visage endormi de Marianne. Un visage plat, étrange, imparfait, sur un petit corps trapu et des membres courts. La lumière blafarde accentuait ce côté étrange qui émanait d'elle. Ce qu'il n'avait pas remarqué jusqu'à présent achevait de le troubler. Marianne avait de toutes petites mains, très douces en apparence, parées de bagues colorées et d'ambre, qui les rendaient plus chatoyantes encore. Il était en train de tomber éperdument amoureux, mais il ne le savait pas encore... Il se remémora les paroles d'Hélène avant de monter dans le car: -A ta place, j'essayerais! Tu as la cote! Tu lui plais!                                                                                                                                             De retour chez les Lasagne, Manu trouva un prétexte pour lui refiler son numéro de portable. Officiellement, au cas où elle serait disponible pour le Sénégal... Marianne, d'un sourire entendu, fut ravie et prit congé. Manu retourna au petit matin à Vertoy. Il ne put s'endormir, comme souvent. Mais il venait de passer une des plus belles nuits de sa vie... Toutefois, durant la soirée, quelque chose l'avait troublé: Avant le retour, Manu plaisantait avec un collègue, et ironisait sur un truc qui lui était arrivé en Tunisie. Seul son collègue pouvait comprendre sa blague. Mais Marianne éclata de son petit rire nerveux malgré tout. Ainsi, elle cachait la réalité de ses sentiments, et ce détail ne plaisait pas à Manu. Lui, était totalement incapable de masquer ses humeurs. Ce qui lui causait parfois quelques désagréments... L'apparence est toujours moins importante que le contenu, mais c'est la première chose que l'on voit, et elle a toujours le dernier mot. Marianne semblait avoir parfaitement assimilé ce fait.                                                                                                                -Tu t'es pas foulé en lui filant ton numéro de portable! Lui dit Hélène, le soir même sur le chat.   -Comment ça ? -C'est au mec de faire le premier pas! Tu savais pas ça ? -Elle a mon numéro. Elle va m'appeler si je l'intéresse! -Je connais les filles! C'est à toi d'appeler! Je te donne son numéro et ne tardes pas! Les nanas n'aiment pas attendre! Mais Manu savait que Marianne était une fille pas comme les autres. C'était ce qu'il l'attirait chez elle. Elle lui semblait débarquée d'une autre planète, tant pour son physique, que par son comportement. Avec aussi un côté sombre, indéfinissable et inquiétant, qui affleurait comme un récif tranchant d'une mer turquoise. Manu se désintéressait complètement des canons de beauté de l'époque. De ces filles grandes et minces, ces "sacs d'os" comme il les appelait. Lui, les filles, il les aimait bien en chair avec un fessier généreux. Aussi, voyait-il en Marianne la femme hors du commun qui correspondait à ses envies, ses fantasmes les plus profonds. En fait, Manu avait déjà une femme. Il la nommait Ramona.  C'était une poupée gonflable qu'on lui avait offert pour ses trente ans. Elle commençait à être dans un sale état. Malgré un nettoyage régulier, il ne parvenait pas à enlever les auréoles jaunâtres qui s'empilaient autour de son sexe virtuel, et qui dessinaient des motifs floraux de mauvais goût, où le mélange de sa semence et du plastique, produisait un 17296968parfum qui n'avait rien de floral. Ramona fut dès l'ors renommée Marianne. Mais désormais, ses étreintes, dont le réalisme était parasité par le bruit du plastique froissé, ne pouvaient plus le satisfaire...                                                                                           Il envoya un SMS à Marianne le mercredi suivant. Elle répondit aussitôt, visiblement enchantée. Le premier d'une longue série de messages, qui allaient égayer un peu ces fêtes de fin d'année, qu'il trouvait à chaque fois plus rengaines que l'année d'avant. Il devait l'inviter à dîner, elle et les Lasagne, pour le quinze janvier. Mais il préféra lui demander un tête à tête pour le week-end d'avant. Elle lui fixa rendez-vous à la brasserie Rivelli, au centre-ville de Boyème. La nuit d'avant, il ne put trouver le sommeil avant l'aube, car un vent étrange se leva tout à coup, et fit claquer ses volets sans interruption. Comme un tocsin lui annonçant l'ange de ses rêves auquel il ne croyait plus...

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Chapitre9: Le rendez-vous

RDVça faisait bien longtemps qu'il n'avait plus foutu les pieds dans le centre ville de Boyème. Depuis sa dernière visite, on avait ajouté un superbe jet d'eau. Cette ville était esthétiquement assez belle, et il y faisait apparemment bon vivre. Mais il n'en était rien. Boyème était l'antithèse absolue de Vertoy. Même si les deux agglomérations n'avaient pas grand chose en commun de par leurs tailles respectives: Boyème, treize mille habitants, Vertoy, six cent un. A Vertoy, à partir du moment où on ne marchait pas sur les plates-bandes du voisin, tout le monde se respectait. A Boyème, il fallait chercher sans arrêt querelle à n'importe qui pour tout et n'importe quoi, sinon on passait pour un naze. Lorsque Colbert visita cette ville au XVIIème siècle, il parla de ses habitants comme des gens "Sales, vilains et méchants". Depuis, l'hygiène n'y posait plus de problème, mais pour le reste, les nouveaux résidents avaient gardé pas mal de gènes de leurs ancêtres. Si il y'avait eu des olympiades des fouteurs de merde, sûr que les boyèmois auraient raflé toutes les médailles d'or.                                                                                                          Manu entra timidement dans la brasserie Rivelli, pile à l'heure. Mais celle-ci était déserte... Il s'assit, et posa sur la table une pochette. Elle contenait le foulard qu'il avait acheté pour Marianne. Il l'avait mis dans une pochette en carton, parce qu'il pensait que se promener avec un paquet cadeau à la main, ça faisait trop mièvre...                                                                            Marianne entra, tout sourire cinq minutes plus tard. Elle portait un petit tailleur rouge qui lui allait à ravir. Malgré une musique assez forte, la discussion fut abondante et variée. Manu ne fut jamais aussi volubile. Ils parlaient du terrible tsunami qui venait de toucher l'Asie, et notamment le Sri-Lanka, où elle s'était rendue avec son frère l'été d'avant. Elle avait déjà monté sa petite ONG, parmi les collègues de sa boîte où elle était secrétaire, pour envoyer des colis vers ce pays. Elle parla longuement de sa famille, et surtout de son petit frère. Avec ce dernier, elle semblait entretenir des rapports presque gémellaires. Marianne était issue d'une famille d'artisans. Elle avait deux frères, eux aussi artisans. Seul l'aîné, Xavier, avait fondé une famille et habitait à deux cent mètres de chez ses parents. Marianne semblait accorder une importance démesurée aux voyages. C'était sa grande passion, à elle et à son frère Brice. Manu aimait aussi les voyages, par son vif intérêt pour l'histoire-Géo, la géopolitique et l'archéologie. Mais Marianne semblait aimer les voyages, simplement pour l'idée de partir loin... Son plus grand fantasme n'était pas sexuel. Elle rêvait d'un tour du monde, sans interruption... Pourquoi cette obsession des voyages? Que cherchait-elle dans ces contrées lointaines? Ou, tout simplement, que fuyait-elle? Manu se posa toutes ces questions, puis ils abordèrent inévitablement le sujet de leurs vies sentimentales. Manu lui dit qu'il n'avait vécu que des aventures sans lendemain, et surtout une ici à Boyème dix ans plus tôt, qui l'avait profondément meurtri. Marianne lui parla de son ex. Elle l'avait connu dans son ancienne boîte. ça avait duré un an. Elle l'avait plaqué parce qu'il ne voulait pas d'enfant, et qu'il voulait l'emmener vivre dans sa maison de campagne. Marianne détestait la campagne. Elle aimait le mouvement indéfini des villes. ça s'était terminé trois ans auparavant. Depuis, elle s'était fait beaucoup courtiser, mais les courtisans ne lui plaisaient pas. Manu se risqua à lui demander: -...Et moi, je te plais? - ...Oui, je l'ai vu au premier regard... En plus t'es discret, j'aime bien. Manu se devait d'agir... Il se décida à lui donner le foulard. Elle fut visiblement touchée et un peu gênée...                                                         Ils sortirent de la brasserie trois heures plus tard. Elle lui proposa d'aller dîner à Lamont, la grande ville à trente bornes de là. Boyèmoise de souche, Marianne passait le plus clair de son temps libre à Lamont. Elle fuyait sa ville en fin de semaine, comme bon nombre de Boyèmois, voulant sans doute échapper à l'ambiance pourrave de celle-ci, le temps du week-end. Mais Manu lui répondit qu'il préférait dîner tout simplement sur Boyème. Ils mangèrent dans la crêperie d'en face. La discussion porta cette fois sur le boulot, les neveux et nièces. Puis Marianne lui proposa de passer dire bonsoir aux Lasagne.                                                                                                                               Florent et Hélène ne furent qu'a moitié surpris de les voir... Manu sentait que l'instant fatidique de lui dire au revoir approchait... Ils se retrouvèrent tous les deux vers minuit sur le trottoir, devant la porte des Lasagne. Hésitant tous les deux à se faire une bise qui pourrait s'avérer décisive. Puis, l'instant vint... Commença par deux bisous traditionnels sur les joues... Puis, leurs lèvres se collèrent comme des aimants... Sans forcer... Sans volonté particulière... Même si il fut maladroit, ce baiser fut le plus tendre que Manu ait vécu. Jamais langues, gencives et autres muqueuses, ne lui parurent autre chose que l'antre du paradis. Des senteurs d'un parfum féminin émanant du corps de Marianne, associées à la brume fraîche de ce soir de janvier, accentuaient ce sentiment d'extase... -Je pensais que ça m'arriverait plus, un truc comme ça... Dit Manu. -Arrête! L'interrompit Marianne, gênée par ces paroles en cet instant si intense... Le miaulement d'un chat les fit redescendre de leur nuage.  -Dieu merci! Il n'est pas noir! Se dit Manu. C'était un chat jaune oranger, au pelage zébré comme un tigre. Sa queue était écrasée, sans doute par une porte ou une bagnole. Manu était très superstitieux. Il croyait aux signes du destin. Mais il ne put comprendre ce message que lui envoya l'au-delà... Si ce n'est qu'il allait appendre plus tard, que l'animal fétiche de Marianne était le tigre...  -Je vais avoir du mal à m'endormir cette nuit. Dit Manu en souriant. -Je veux que tu dormes! Lui répondit Marianne, avec un soupçon d'autorité et un sourire, avant de remonter dans sa Golf rouge, et de disparaître dans la nuit vers la rue Aubrac. Cette nuit là, comme il le pensa, Manu ne put fermer l'oeil...

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25 novembre 2006

Chapitre10: Le commencement

Les_guerresDeux jours plus tard, Marianne n'avait toujours pas donné le moindre signe de vie. Rien sur la boîte mail. Rien sur le portable. Il contactait les Lasagne, qui lui répondaient qu'il s'inquiétait pour rien. Hélène le traita même de parano. Ils se décidèrent néanmoins à la contacter. Marianne répondit qu'elle était super débordée par ses activités, et qu'elle n'avait pas eu le temps de répondre à ses messages. Manu ne fut qu'a moitié rassuré. Elle lui envoya quelques courriels sporadiques, terminés d'un sommaire "Bisou".                                                                                                                     Puis, la soirée du quinze janvier arriva. Manu avait fait le ménage à la hâte durant l'après-midi. ça faisait des mois qu'il ne l'avait pas fait. Les Lasagne arrivèrent assez tard, accompagnés de Marianne, tout sourire, comme toujours. Elle fit deux petits bécots discrets sur les lèvres de Manu, et lui offrit un bouquin de photos sur les mers du monde entier. Toujours, chez elle, cette idée du voyage et de l'impermanence incarnée par les vagues... Après lui avoir fait visiter la mairie, sans comparaison évidente avec celle de Boyème, Manu profita de l'attention des Lasagne vers son nouvel ordinateur, pour enlacer tendrement Marianne. Les doutes de Manu furent ainsi apaisés pour un moment. Il n'avait pas l'habitude de recevoir, et avait fait ce qu'il avait pu avec du surgelé. Mais heureusement, les Lasagne n'étaient pas du genre à se plaindre, et Marianne affichait systématiquement son large sourire. Après avoir diffusé sa vidéo des vacances en Corse, Hélène et Florent, se sentant visiblement de trop, retournèrent dans le bureau bidouiller l'ordinateur. Manu étreignit alors fougueusement Marianne sur le canapé, comme le ferait un ado deux fois plus jeune que lui. Il fallait rattraper toutes ces années perdues dans l'illusion... Mais Marianne fut gênée par tant d'affection à son égard, et détourna l'attention sur sa vidéothèque hétéroclite en face d'elle. Manu, lui, couvrait de baisers ses petites mains adorables. -J'ai envie de toi! Tu veux pas rester cette nuit?   -... Euh non... Moi aussi j'ai envie, mais... une autre fois. Demain je me lève tôt... Après avoir dit au revoir à Hélène et Florent, visiblement amusés par leur flirt d'ados, Manu fit de longs baisers à Marianne dans le hall. Elle lui fixa rencard pour le samedi suivant. Marianne riait de son rire sarcastique jusqu'à la caricature. Son exagération était évidente. Ce ricanement n'avait rien de naturel. Lorsqu'elle tourna les talons et passa le seuil pour rejoindre la voiture des Lasagne, Manu vit le visage de Marianne se figer soudain de gravité. Il fut à nouveau pris du doute. Elle cachait la vraie nature de ses sentiments. Par timidité? Par hypocrisie? ça faisait bien longtemps de toute façon qu'il avait renoncé à comprendre la psychologie féminine...                         Il remonta dans son appartement, et ressentit alors de humidité à son entrejambes. Il n'avait plus connu ça depuis longtemps...                                                                                           Les mails de Marianne furent alors plus nombreux et plus expansifs, mais sans toutefois être quotidiens. Au boulot, Florent lui affirma que Marianne l'emmènerait faire les soldes le week-end suivant. Elle trouvait, selon lui, son look détestable. Manu avait l'habitude de se fringuer comme il voulait. Non pas qu'il se foutait des apparences, mais il se moquait des modes et autres tendances. Il s'habillait comme ça lui plaisait, point final, et se foutait de l'opinion des autres, pour les fringues comme pour le reste. Mais désormais, il n'était plus tout seul. La dictature égocentrique qui le dominait, devait cesser et passer à la difficile culture du compromis.                                                                                                                    Manu arriva en retard à ce premier rendez-vous à la gare. Il vit la petite silhouette de Marianne par la vitre. Elle discutait avec le guichetier. Il prit place dans sa Golf après l'avoir longuement enlacé, et direction Lamont. Quand il lui demanda si elle l'emmenait faire les soldes, elle ne répondit que par son grand sourire forcé. Son rictus laissait apparaître une molaire plombée, dont le gris argenté se mariait parfaitement avec les vitres perlées de pluie. Jamais Manu ne vit de gris plus enthousiaste. Les deux tourtereaux qu'ils étaient, baignaient dans un flou artistique naturel, que même la grisaille de l'hiver ne parvenait pas à rendre triste. Marianne ne mettait jamais sa ceinture. Pas par rébellion. Simplement c'était sa voiture, et elle ne supportait pas qu'on lui impose quoi que ce soit, dès l'ors qu'il s'agissait de quelque chose qu'il lui appartenait, quitte à se mettre en danger. Il n'était pas nécessaire d'être psy pour y voir qu'elle ne supportait pas la moindre contrainte...                                                                                                                                       Ils arrivèrent dans cette ville très bourgeoise de Lamont. Ville coupée en deux, elle aussi, par la rivière Boyème. L'ambiance bien que très bourge, y était plutôt sympa. ça faisait bien longtemps que Manu n'avait plus couru les rues en tenant une fille par la main. Là, pour la première fois, ce n'était plus une de ces gamines d'un soir ou deux, mais une vraie femme plus que trentenaire, malgré sa petite taille. Manu ne fut jamais aussi fier et heureux de se promener ainsi, sous son petit parapluie fuchsia.

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24 novembre 2006

Chapitre11: La femme fatale

La_femme_fatale C'était les soldes. Cette citadine pure et dure de Marianne ne pouvait pas laisser passer l'événement. La couleur en vogue cette année là, était le kaki. Manu se désolait de voir autant de gens, et surtout les nanas, arborer cette couleur militaire. ça lui faisait penser à la perception du paquetage pendant son armée. Il trouvait tout aussi hideux ces nouveaux jeans au tissu grossier avec des fils blancs. Mais sa belle était bien décidée à remettre ce vieux Manu au goût du jour. Il fallait être "actuel", comme elle disait.                                                                         Ce début du troisième millénaire était culturellement affligeant. Le grand écervelage de la télé-réalité, régnait en maître et faisait beaucoup de dégâts. Face à cet appauvrissement culturel, on accordait beaucoup plus d'importance à l'attitude des gens et à leur tenue vestimentaire, qu'à leurs personnalités devenues insipides. L'apparence était tout. Les gens devenaient très sélectifs, vis à vis des choses comme de leurs semblables, sans avoir la moindre volonté d'approfondir et d'aller voir l'envers du décor, puisque tout était devenu décor. Du coup, les divorces et autres séparations dramatiques, se multipliaient de manière totalement égoïste, avec des enfants ballottés comme des objets. Quand Manu était petit, il rêvait de l'an 2000. Il croyait, comme les autres enfants, que ça serait une époque formidable, qu'on se déplacerait tous en soucoupe volante. Désormais adultes, certains de sa génération trouvaient leur vie tellement à chier, qu'ils en étaient à se réunir dans des soirées nostalgiques et puériles, où l'on vénérait les héros de leur enfance heureuse comme Casimir ou Goldorak. La télé-réalité infiltrait son poison fasciste jusqu'au plus profond des coeurs... Non... Pas des coeurs... Disons plutôt des pompes à sang. Car des coeurs et des âmes, il n'en restait pas grand chose...                                                                                                                         Mais bon, ce réac de Manu ne put dire non à sa belle et céda sur tout, jean, pull, ECT... Le pull lui plaisait bien... Qu'est ce qu'on ferait pas par amour?                                                            Après le cinéma et la brasserie, ils retournèrent à Boyème dans la nuit. Dans la lumière blafarde des réverbères du parking de la gare, il caressa la douce dentelle de son soutien-gorge. Il aimait bien le petit noeud au milieu. Puis, il glissa sa main à l'intérieur, et palpa ses doux tétons.-J'aimerais bien être une femme rien que pour avoir des trucs comme ça! Dit-il à Marianne qui éclata de rire. Il se quittèrent après quelques ébats. Manu remonta dans sa Saxo, avec cette petite humidité post-érective au fond du slip, qui fut très désagréable en ce froid hivernal...                                                                                                                                     Les week-ends suivants se déroulèrent toujours dans d'interminables flâneries à Lamont. Mais toujours agréables, malgré la léthargie hivernale qui n'en finissait pas. En plus Marianne avait le don de l'emmener voir des films ou des documentaires, qui avaient presque toujours comme thème le grand nord. Ce qui leur donnait encore plus l'envie de se blottir l'un contre l'autre. Marianne avait soif de culture, ce qui n'était pas pour déplaire à Manu, qui jusqu'à présent trouvait les femmes d'un ennui affligeant. Manu avait toutefois remarqué son caractère de cochon sans état d'âme. Alors qu'elle cherchait un voyagiste pour se rendre en Italie, elle avait engueulé vivement une secrétaire de l'agence qui refusait de la recevoir, parce que l'heure de fermeture était dépassée. La fille était enceinte jusqu'aux yeux. Manu fut très gêné.                                                           Marianne lui montrait de multiples visages, aussi durs que tendres. Ce qui ne manquait pas de le dérouter. Malgré sa petite taille, son caractère bien trempé faisait d'elle une femme fatale qui en faisait plier plus d'un sur son passage. Même son regard était déroutant. Des yeux très saillants quand elle riait, ou au contraire très ronds et brillants, quand du fond de sa Golf, la nuit sur le parking de la gare, elle le contemplait fixement, blottie dans un petit foulard de soie. Ses traits assez durs et son grain de peau irrégulier, étaient gommés par la pénombre. Elle ressemblait à une poupée. C'était bien évidement ce visage là que préférait Manu. Mais pas question pour lui de l'appeler "ma poupée". Marianne faisait un gros complexe de sa petite taille, alors que Manu trouvait que c'était ce qu'il y avait de plus mignon en elle. Alors, il se contenta de l'appeler "ma choute", puisque "ma puce" ou "ma poupée" furent catégoriquement exclus par elle. Elle l'appela "mon chou", alors pour lui ce fut "ma choute". Il trouvait pas ça terrible comme surnom, mais bon...                                                                                                                                        C'était toujours elle qui l'emmenait à Lamont. C'était une femme de tête. Elle prenait toujours l'initiative. Manu n'avait plus qu'a se laisser porter par ce tourbillon féminin qui l'entraînait Dieu sait où. Marianne était d'apparence très simple. Mais à y voir de plus près, toutes ses fringues étaient de marque, et son rouge à lèvres, bien que très discret, était de chez Chanel. Manu aimait bien ce rouge à lèvres, car il avait un goût sucré quand il l'embrassait sur la bouche. -Tu vas encore me bouffer tout mon tube, Mouloud!  Elle l'appelait toujours de petits surnoms de son cru comme ça. Elle prétendait affubler Brice, son jeune frère, des mêmes petits noms. Manu allait s'apercevoir au fil des week-ends, qu'il y'avait vraiment un autre homme dans sa vie. Ce petit frère, qui semblait avoir une importance aussi considérable que lui dans son existence, sans doute même plus...                                                  Ainsi, un week-end de février, elle lui annonça qu'elle passerait quelques jours avec son frère chez des amis en Suisse. Ils les avaient rencontré l'ors d'un de leurs voyages estivaux. Deux semaines sans se voir... Déjà qu'ils se voyaient peu... Manu n'apprécia guère. Mais il pensait que les liens du sang étaient de toute façon plus solides que ceux du coeur. Il pensait également que ses horaires de travail, qui le faisaient terminer tard dans la nuit, étaient un obstacle à leur relation. Mais ayant pu obtenir une semaine de congé durant ce mois, Marianne ne put lui accorder qu'une soirée, tant elle était prise par son emploi du temps, entre obligations professionnelles et loisirs, parmi lesquels, calligraphie et cours d'italien. De plus, ils ne se voyaient jamais le dimanche, prise cette fois par ses obligations familiales. Bref, Manu ne semblait pas être une priorité pour elle et il s'en désolait. Bien qu'ils vivaient des moments très tendres et des attouchements de plus en plus osés, même sur ce plan là, leur relation peinait à décoller. Il s'efforçait de lui cacher son côté introverti qui ne pouvait que la décevoir. Mais elle, bien que très expansive, ne lui dévoilait rien de ses pensées les plus profondes.

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23 novembre 2006

Chapitre12: Le doute

s3Le samedi d'avant son départ pour la Suisse, elle l'emmena faire une escapade au Mans. Toujours fan ardente de l'Italie, elle écoutait Laura Pausini sur son autoradio et chantonnait en même temps.-Je pense à toi quand je l'écoute. Lui dit Marianne. -Ah bon? ça t'arrive de penser à moi? Je suis très flatté! Ironisa Manu. Le soleil sur le pare-brise et le chauffage à fond, accompagnant ce fond sonore, pouvaient faire croire à un été italien qui tranchait avec la nature hivernale du dehors. Le sourire de Marianne ajoutait la chaleur manquante à ces facteurs d'ambiance. C'était clair qu'ils se sentaient comme au bord du Tibre, et que le Colisée allait bientôt apparaître au bout de cette route.                                                                                                         Arrivés au Mans, ils déambulèrent au gré des boutiques dans le quartier des jacobins. Manu ne s'intéressait guère aux fringues, souvent les mêmes qu'à Lamont. Mais il ne lassait pas de s'amuser de la voir butiner les rayons telle une abeille. Ce manège n'était interrompu que par les multiples arrêts pipi de Manu dans les cafés. Ce qui agaçait beaucoup Marianne.                                                                                                                                         Le soir, ils dînèrent dans une brasserie. Arrivés à la fin du repas, elle tint à payer l'addition. -Cette fois c'est mon tour! Confirma t-elle.  -OK, je payerais le cinéma en contrepartie. Assura t-il. Puis après avoir dit ça, elle partit aux toilettes pendant un temps assez long, ce qui intrigua Manu. Ce n'était pas dans ses habitudes de s'attarder ainsi sur le trône. Quand elle réapparut, elle lui demanda si il avait payé. -Ben non! Tu sais ce qu'on avait dit?  Répondit Manu interloqué. Elle régla l'addition en silence, et afficha un air renfrogné pendant un bon quart d'heure.                                                                                                                                           De retour à la gare de Boyème dans la nuit, leurs ébats furent moins torrides qu'a l'accoutumée. Et pas seulement à cause du froid ambiant. Mais bien par le froid qu'avait jeté le comportement de Marianne. Ainsi, elle avait tenté de lui faire payer la note... Elle était très dépensière, et malgré le fait qu'elle vivait chez ses parents, les fins de mois devaient être parfois difficiles, surtout en ces périodes de soldes. Mais qu'elle lui ait fait un truc pareil à lui... Le doute assaillait Manu. Elle avait bien un côté obscur et sans scrupule qui se confirmait.                                                                                                                                       Elle l'appela à plusieurs reprises durant son séjour sur les bords du Léman. Le voyage se passait, d'après elle, à merveille. Quelques mots doux échangés au bout du fil, lui firent oublier l'incident du Mans.    De leur côté, les Lasagne lui parlaient des problèmes qu'ils rencontraient avec la présidente de leur syndic. D'après eux, elle les arnaquait avec une facture mirobolante et un taux de TVA douteux au sujet de l'éclairage public. Marianne, qui elle aussi était propriétaire d'un logement dans cette cité du chêne, s'était, comme à son habitude pour toute chose, beaucoup investie dans cette affaire. Trop, aux yeux des Lasagne, qui avaient peur que la présidente du syndic ne se retourne contre elle pour vice de forme. Car selon Hélène, qui avait fait du droit, Marianne avait fait certains trucs efficaces mais illégaux. Manu en toucha deux mots à Marianne au téléphone, alors que celle-ci fut sur le chemin du retour. Elle parut surprise.                                                                                                          Le dimanche soir après leurs retrouvailles, Manu trouva deux mails de Marianne sur son ordinateur.-Deux messages!?! Je suis gâté! Se dit-il. D'habitude, elle envoyait toujours aussi peu de mails, et jamais le dimanche. Chacun faisait une page. Marianne s'y emportait vivement contre les Lasagne, qui avaient osé douter de la légalité de son action au sein de la copropriété. Elle avait joint une copie du mail d'Hélène, qui lui demandait de ne plus intervenir dans l'affaire, et une autre copie de sa réponse cinglante. Le soir même, il tomba sur les Lasagne sur le chat, qui au milieu des sous-entendus, lui parlèrent du mail incendiaire de Marianne. Mais Manu avait reçu pour consigne de ne pas leur en parler, et fut donc très discret. Le lendemain, il appela Marianne pour lui dire qu'il serait très embarrassé de la voir fâchée avec les Lasagne, et lui demanda de calmer le jeu avec eux. Il lui fallut une bonne demie-heure de palabres pour qu'elle se décide à aller les voir pour régler ce malentendu.                                                                                                                                    Bien qu'officiellement réconciliés, les relations de Marianne avec Florent et Hélène, jusque là chaleureuses, devinrent froides. Plus question d'aller se balader à Rennes tous les quatre comme c'était convenu... Manu croyais Marianne différente des autres boyèmois. Mais il était clair désormais qu'il avait à faire à une Boyèmoise pure souche...

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22 novembre 2006

Chapitre13: L'invitation au voyage

FH0000221En cette fin mars 2005, l'hiver s'acheva brutalement par des températures presque estivales qui surprirent tout le monde. Manu s'acheta un blouson d'été beige, selon la volonté de Marianne, sans que celle-ci lui demande son avis. Il eut alors vraiment l'impression d'être un homme objet, un produit de consommation.  -Quand tu étais petite et que tu jouais à la Barbie, t'avais ton Ken. Maintenant t'as ton Manu! Tu veux pas que j'affiche un sourire béat comme lui?  Demanda Manu en esquissant le rictus figé de cette figurine de plastique. Pour toute réponse, elle lui donna une petite claque et afficha un sourire moqueur.                                                       Les deux tourtereaux arpentèrent ensuite le vieux Lamont sur les hauteurs de la ville. Un quartier médiéval superbement préservé, surplombé par un château doté d'un parc magnifique qui dominait la ville. L'entrée était gardée par deux énormes lions de pierre, gardiens de leur flânerie romantique.                                                                        Ils dînèrent dans une crêperie le soir venu. La douceur du climat les poussèrent à penser aux vacances d'été. C'est alors que Marianne lui annonça la nouvelle. Elle et son frère venaient de s'inscrire à un voyage dans l'ouest américain pour le mois de juillet. Elle invita Manu à se joindre à eux. Manu n'était pas très chaud. Il n'aimait pas spécialement les anglo-saxons, et les relations entre la France et les Etats-unis étaient exécrables suite à la guerre en Irak. Manu réserva sa réponse. Mais si cette perspective de voyage chez les yankees ne l'attirait guère. Le contexte l'obligea à dire oui. Car sa relation avec Marianne, bien que douce et romantique, ne décollait pas. Et Manu savait que ce genre de situation deviendrait vite périssable. Seul un geste fort, comme le fait de se joindre à leur grand pèlerinage annuel autour du monde, pouvait débloquer leur histoire d'amour. Le fait de s'immiscer dans son clan familial si fermé, pouvait enfin le rendre incontournable aux yeux de sa belle.                                                                                                                                           Un soir, elle l'emmena voir une soirée thématique sur les gnawas, ces musiciens marocains pratiquant la transe. Manu ignorait que de telles scènes de délire mystique, impliquant des femmes, pouvaient se produire dans le monde musulman. Le cameraman qui filmait la scène et la salle pour un documentaire, avait de tout petits yeux à demi clos. Un cameraman presque aveugle, cela laissait songeur Manu. C'était vraiment une soirée insolite sous tous les angles...                                          Avec Marianne, c'était toujours l'inattendu, l'étonnement. Décidément, cette fille était une petite merveille.                                                                                                            Arrivant à la gare de Boyème, Manu se risqua à l'inviter chez lui, officiellement pour voir tous ses films et ses photos de voyage. Mais en voulant l'attirer chez lui, il ne cachait pas ses intentions réelles... -J'ai froid tout seul dans mon lit! -T'as qu'à t'acheter une bouillotte! Lui dit Marianne sans rire.  -Putain, mais pourquoi tu me fais languir comme ça!?! S'emporta t-il. Elle se renferma avec son air de petite fille renfrognée. Elle n'aimait pas être mise au pied du mur. Car ça l'obligeait à s'arrêter, à être confrontée à son passé, à son avenir. C'est pourquoi elle s'efforçait en toute situation d'être très active. Comme ça, seul le présent occupait ses pensées. Manu c'était tout le contraire, il lui fallait toujours prendre du recul, même dans les situations urgentes. Il fallait toujours qu'il se projette dans le passé ou dans l'avenir, et ne pouvait ainsi réellement apprécier le présent. D'où, sans doute, son éternelle insatisfaction. Il tenta de la décoincer en lui sortant des blagues crues et scabreuses. Elle se rebiffa sèchement. -T'as pas envie de moi? Dit-il. -Oh si beaucoup, mais sois patient minou! Répondit-elle avec un sourire. Marianne ne parlait jamais de cul. Même de manière détournée.                                        Ils parlèrent ensuite d'avoir des enfants. Marianne voulait une petite fille. Il lui dit qu'il ne voulait justement que des filles, pour qu'elles soient, selon lui, respectées. -Quand on est une femme, on est toujours respectée. Tandis que quand on est un mec, il faut toujours se battre, même pour avoir des broutilles. Répondit-il désabusé. -Je ne te mentirais jamais, mais je ne te dirais pas tout. Ajouta Manu. -Mais de quoi tu parles? -Des trucs qui te concernent pas. Il l'embrassa la larme à l'oeil. -Je t'aime. Dit-il. -Moi non plus! Répondit Marianne avec un sourire.                                                                 Sur la route du retour, il éclata en sanglots sans trop savoir pourquoi. Sans doute le fait d'exhumer son enfance douloureuse, ce carcan qui depuis emprisonnait son âme, et aussi cette mélancolique bossa qui sortait de son autoradio, c'était trop pour ce soir...                                                                                             Marianne avait pris conscience de l'impatience de Manu. Après plusieurs jours de silence, elle lui annonça qu'elle lui présenterait ses parents et son petit frère le lendemain.

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21 novembre 2006

Chapitre14: Les présentations

Les_pr_sentationsC'est avec une boule au ventre que Manu fut introduit ce samedi soir chez les Lempreur au neuf rue Aubrac, après avoir entendu le carillon très cristallin et pimpant de la sonnerie de l'entrée. Ils étaient sur le divan tous les trois, devant la télé. L'accueil fut glacial. -Normal, on est à Boyème! Se dit Manu. Son père commença un vrai interrogatoire. -Que faisaient vos parents comme métier? Manu répondit que son père était mécanicien agricole et sa mère femme de ménage.                                                                                                            D'un air un peu bourru, monsieur Lempreur se dérida au fil de la soirée et finit même par lui sourire. Bien qu'il était déçu de voir que Manu se désintéressait complètement du foot.                                                                                                              Sa mère surprit beaucoup Manu. Elle semblait être le négatif parfait de Marianne. Malgré sa ressemblance physique avec elle, Madame Lempreur était d'une grande discrétion. Ses grandes lunettes cachaient une grande réserve et un sourire quasi inexistant, voir même une certaine tristesse. Toutefois, en demeurant réservée, elle se dérida au fil de la soirée également.                                                                                                                                    Quant à Brice, son jeune frère, bien que lui aussi affichant une certaine réserve, c'était sans conteste le plus extravagant. Très stylé et carrément efféminé avec ses cheveux décolorés, il était le parfait négatif, cette fois physique, de sa soeur. Grand et mince, avec un timbre de voix féminin, en comparaison du corps trapu et de la voix de garçon manqué de sa soeur. Mais Manu s'aperçut tout de suite de l'extraordinaire complicité non verbale entre eux deux, malgré leurs grandes différences apparentes. Manu en fut décontenancé. Il y'avait bien un autre homme dans sa vie. Il sut alors d'entrée de jeu qu'il ne pourrait jamais être aussi proche de Marianne que lui.                                                                                                                     Mais malgré tout, Brice allait gagner sa sympathie. Manu remarquait que les tableaux sur les murs du salon, étaient des peintures authentiques signées B Lempreur. Brice lui avouait que la peinture était son dada. Il était l'auteur de tous ces tableaux. Il lui montra l'étendue de son talent. les oeuvres de Brice, sans être originales, étaient d'une variété de styles qui allait de Cézanne à Warhol. Manu aimait et respectait beaucoup les artistes, ainsi que les créateurs de toutes les sortes et de tous les domaines. Brice avait fait toute une série de tableaux, avec pour thématique le carnaval de Venise, où le pourpre et le gris pastel dominait.                                                                                                                                        Marianne en profita pour sortir l'album de leur voyage dans la cité lacustre. L'Italie... Toujours l'Italie... Partout! s4Un air transalpin qui sentait bon le romarin et l'huile d'olive, avait investi cette famille, et notamment, le frère et la soeur. Marianne lui montra tous ses albums de photos de voyages. Il fut complètement halluciné par leur présentation. Ce n'était plus des albums photos. C'était carrément des bouquins d'histoire-géo, tant la présentation était soignée, avec des images accompagnées de légendes. Cette obsession des voyages le dépassait. Il ne comprenait pas...                                                                                                       Avant de prendre congé de la famille Lempreur, ce peu bavard, mais très observateur Manu, remarquait qu'il n'y avait aucun crucifix au dessus des portes, pas de petite sainte vierge sur le buffet, bref aucun signe religieux. Face à la grande réserve affichée de Marianne sur les sujets d'ordre sexuels, il avait peur d'être tombé sur une famille de cathos... Dieu merci! Il n'en était rien.                                                                                                                 En partant, Marianne lui demandait si il trouverait bien le chemin du retour pour rentrer chez lui. Alors qu'elle savait parfaitement que Manu connaissait très bien ce quartier, les Lasagne habitant à côté. Elle était donc visiblement aussi troublée que lui par cette présentation familiale.                                                                                                                                         Durant le retour, il repensait à ce que lui avait dit son père: -Vous savez, Marianne c'est une femme qui a la bougeotte! Elle est tout le temps partie du matin au soir. Elle passe chez nous en coup de vent! Manu avait l'impression qu'il avait voulu le prévenir. L'air de dire: - mon coco, tu sais pas sur quel genre de fille t'es tombé!                                                                                           Manu avait aussi été très surpris de la méconnaissance de ses parents à son encontre. Ils savaient juste qu'il s'appelait Emmanuel, qu'il aimait les voyages, et qu'il devait se rendre au Sénégal le mois suivant. Marianne était visiblement beaucoup moins volubile avec eux, qu'à l'extérieur de son cercle familial. Manu, c'était franchement le contraire vis à vis de sa propre famille. Mais une chose était claire. Ce n'était pas vraiment une famille au sens propre du terme. Mais plutôt un clan, dont seul le frère aîné, qu'il ne connaissait pas encore, semblait s'être affranchi. Nul doute que le chef de ce quatuor était cette femme fatale de Marianne, qui malgré une certaine réserve affichée dans ce cercle familial, dominait l'ensemble de sa petite taille, et surtout de sa voix rauque et déterminée. La pérennité de son couple dépendait donc de son intégration au clan du neuf rue Aubrac. Pour entretenir des liens étroits avec une personne, ce n'était déjà pas évident pour ce solitaire de Manu. Désormais, il avait affaire à trois personnes en plus, de manière incontournable.                                                                                                                            Marianne décida un samedi de venir enfin chez lui à Vertoy, pour voir ses photos et ses vidéos de voyages. Elle arriva tard et se concentra sur le but de sa visite. Manu pensait bien profiter de la situation, mais Marianne n'avait visiblement d'yeux que pour ses images. Mais le vrai but de sa visite fut sans nul doute qu'il lui présente ses parents, chez qui ils passèrent dans la soirée.                                                                                                                                                                                             La mère de Manu, du haut de son un mètre quarante sept, était désolée de voir qu'elle demeurait encore la plus petite. Marianne fit très bonne impression à ses parents. Sa mère apprécia tout de suite son naturel et sa simplicité: -J'avais peur de tomber sur une fille de ville un peu guindée, mais c'est pas le cas! Le sourire de Marianne ouvrait toutes les portes et tous les coeurs. Cette expression "Fille de ville" faisait bien marrer Manu. Car sa mère était elle aussi à l'origine une femme urbaine. Elle avait passé une bonne partie de sa jeunesse à Alençon, puis avait suivi son Mari, de quinze ans son aîné, dans ce trou paumé du Pommier à côté de Vertoy. Elle ne s'était jamais habituée à la campagne, mais néanmoins, elle ne se considérait plus comme une "fille de ville".                                                                                                                                                       Une semaine plus tard, ils revinrent tous les deux au Pommier sous un soleil radieux. Manu la présenta cette fois à sa soeur, son beau frère et leurs enfants. Marianne fut également très appréciée par eux. Après une ballade dans la campagne verdoyante de ce premier mai, elle lui demanda comment sa famille la jugeait. Sous une indépendance apparente, elle accordait énormément d'importance à l'image qu'elle véhiculait chez les autres. Manu aurait voulu un couple exclusif, dans une nébuleuse de gens et de choses secondaires. Mais Marianne accordait au contraire une importance inouïe à son environnement.                                                                                                             Ils repassèrent tous deux à Vertoy. Elle avait attrapé un coup de soleil sur la nuque le midi, en déjeunant sur la terrasse des parents de Manu. Il insista pour lui mettre de l'après-soleil. Ce massage dériva vers des caresses plus langoureuses, vers tout le reste du corps, vers sa chambre, vers son lit... Manu se délectait de ses seins, des ses fesses bien charnues comme ils les adoraient. Marianne, elle, affichait en silence un visage rougi et un sourire un peu gêné. Elle prit enfin l'initiative de regarder dans son caleçon. -T'es brun... Dit-elle d'une voix pour une fois discrète et féminine.  -Ben oui, tu vois. Je suis jaloux. Elle a pas de cheveux blancs, mais moi j'en ai... Répondit Manu sur un ton ironique. Il avait l'habitude de parler de son pénis comme d'une personne à part entière. Telle une petite fille bravant l'interdit, elle lui caressa enfin son sexe et ses testicules. -Elle est à toi. Elle t'appartient... Dit Manu. -Ah?... La scène ressemblait plus à un film comique qu'à un film de cul... Puis, ils se turent, pour de bon... Ils venaient de franchir le mur de l'extase, derrière lequel toute parole est vaine et dérisoire...                                                                                                                                        bourdonIls se revirent deux jours plus tard. Ils tenaient à se voir une dernière fois, avant leurs voyages respectifs, au Sénégal pour lui, et en Italie pour elle. Ils firent des emplettes à Lamont, en vue de la communion d'une nièce de Manu à Poitiers le mois suivant. Marianne y était invitée.                                                                                                             Une dernière fois, ce soir là dans sa Golf, elle lui caressa le sexe. Au dessus d'eux, la voix lactée étalait son long ruban argenté et poussiéreux, sur un bleu ardoise intense, avec au premier plan, une branche d'acacias qui agitait son jeune feuillage au vent, comme pour saluer leur départ vers le grand sud. Avec la promesse d'un avenir enfin radieux au retour...

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20 novembre 2006

Chapitre15: La fièvre

FH0000153L'ors de l'escale de Bordeaux, Manu parvint à envoyer en cachette un SMS à Marianne, sous l'oeil amusé de l'hôtesse. Il eut la réponse à Dakar. Sa réponse le rassura et lui réchauffa le coeur. Car sa vision du Sénégal l'effraya. Sur les quatre vingt dix bornes du trajet entre Dakar et Ninya, où ils séjournèrent, il fut effrayé par l'extrême misère et la saleté ambiante. Il avait déjà vu la grande misère en Egypte et à Saint Domingue. Mais là, ça dépassait tout ce qu'on pouvait imaginer. En plus, le pays n'était même pas touristique. Manu et ses collègues eurent l'impression de traverser une immense décharge. Seules les femmes étaient superbes. Maquillées et parées de tissus colorés, elles tranchaient avec l'effroyable décor. Manu s'avérait généreux pour donner aux associations caritatives qui opéraient en Afrique. Mais sur le terrain, il avait un réflexe de petit blanc bourgeois et conservateur, qui prenait ses distances avec la grande misère qui lui tendait les mains. Il n'aimait pas ce trait de caractère chez lui. Il se trouvait hypocrite.                                                                                                              La résidence de Ninya était composée de petites cases en dur, au confort spartiate et vieillot, installées dans un parc d'arbres tropicaux, plantés là dans les années soixante dix, par un espagnol qui voulait stopper la désertification. Le tourisme finançait son oeuvre. Parmi cette végétation luxuriante, la faune était revenue. En ouvrant sa porte le matin, il tombait souvent nez à nez avec un varan ou un singe. Des oiseaux aux cris étranges peuplaient les arbres et le réveillaient à l'aurore. Ce cadre exotique fut bien la seule chose agréable qu'il vit de l'Afrique.                                                                                                                                      Son seul lien avec Marianne était son portable. D'où il était, seuls les SMS pouvaient partir, même si il pouvait recevoir des appels vocaux.-Tu fais quoi là? -On vient de voir les crocodiles. Je t'en ramène un? -Un sac en croco? Je veux bien! Elle était prête à s'envoler pour l'Italie. De son côté, Manu visita Dakar. Une ville effrayante. Des sectes évangélistes avaient pignon sur rue, avec des mecs qui gardaient l'entrée avec des battes de base-ball! -Pas très catholique tout ça! Se dit Manu. On les lâcha dans le soi-disant "Quartier des artisans". En réalité, il n'y avait pratiquement rien de fait sur place. Presque tout était importé. Les camelots étaient très agressifs. La plupart de ses collègues se firent plumer et partirent avec des babioles vendues trois fois trop chères. Manu trouva une sortie sur la rue et partit sans rien acheter.                                                                          L'île de Gorée en face de Dakar était beaucoup plus propre et préservée. De là étaient partis des millions d'esclaves vers les Amériques, dans des conditions abominables. Manu se demandait comment un tel lieu pouvait être aussi paisible après cette horreur. Il pensait que décidément, le temps faisait table rase de tout, même des pires trucs. Seule la mémoire des humains reste intacte, et garde les blessures profondes des générations passées. C'est sans doute pourquoi la notion de pardon est si difficile à admettre, même des siècles après.                             Copie_de_goree                                                                                                                           Le lendemain, l'île de Joal fut assez pittoresque également. Mais néanmoins, Manu fut à deux doigts de se faire agresser par un paysan qui refusa de se faire filmer.                                                                                      C'est le lendemain que lui et ses collègues commencèrent à être atteints de diarrhèes aiguës. Avec en plus pour Manu, la température à plus de quarante. Quand il vit le toubib, il fut halluciné. Il croyait que la fièvre le faisait délirer. C'était un blanc avec une longue barbe blanche, habillé en saharienne de couleur beige. Il ne lui manquait plus que le casque colonial. -Le docteur Livingstone en personne!  Pensait Manu qui tremblait de tout son corps. Le toubib s'exprima en wolof, la langue locale, sur son portable. Puis il l'ausculta brièvement en silence. Après, sans en dire plus, il lui demanda de payer. -Mais j'ai quoi docteur? -C'est rien. Juste une gastro et une insolation. Puis, sans lui dire au revoir, il laissa Manu qui demeura dubitatif sur son état de santé. Entre deux crises de fièvres, Marianne l'appela. -On est à Rome. On s'amuse comme des folles! Manu lui expliquait que pour lui, le séjour était beaucoup moins drôle. -Je t'aime! Conclut Manu. -Moi aussi.  Dit Marianne. Mais visiblement pas plus inquiète que ça de l'état de son amoureux perdu dans la jungle. Elle semblait nager en pleine "Dolce vita" au milieu des latins lovers.-J'aurais jamais dû la laisser partir toute seule dans ce pays de machos en rut! Se dit Manu.                                                                                                                         Puis la fièvre le reprit, pire qu'avant. Avant de sombrer, il s'était promis d'épouser Marianne si il en sortait vivant. Le genre de promesse un peu stupide que l'on se fait quand tout va mal et qu'on oublie vite... Il commença à délirer dans ses grelottements.                                                                                                     Lui vint alors une vision étrange. Il se voyait dans une espèce de salle d'attente un peu sordide. Marianne se tenait avec Brice devant lui, et lui lançait un regard menaçant. Manu s'entendit lui hurler "Tu m'aimes plus !!!". Puis il se vit s'enfuir vers les quais d'une gare très peuplée dans une chaleur étouffante. Partout où il tournait le regard, il voyait ce même chat au pelage tigré et à la queue écrasée, qu'il avait vu l'ors de son premier baiser avec Marianne, et qui depuis squattait ses rêves d'une manière inexplicable...                                                                                                                      Ce ne fut plus un chat, mais un petit gecko arpentant le mur de sa chambre avec une agilité et une rapidité dignes de Spiderman, qu'il vit quand il reprit conscience. De cette gare cauchemardesque, quelque part en enfer, il était redescendu en Afrique.                                                                                                        Après deux jours au pieu, la fièvre et la chiasse l'avaient enfin quitté. Il se croyait tiré d'affaire, mais sans le savoir, un mal profond n'allait plus quitter ses entrailles. Le vieux Dabo qui faisait sa chambre lui disait que les médocs c'était de l'arnaque pour remplir le tiroir-caisse des toubibs. Qu'ici, le seul remède efficace pour la diarrhée c'était le pain de singe, autrement dit le fruit du baobab. Mais Manu se méfiait dorénavant de tout produit local.                                                                                               Il eut le temps de profiter un peu de la piscine puis ce fut le retour. Sur la route de Dakar, il envoya un SMS à Marianne: "Je roule vers Dakar, il fait chaud, je pense à toi, je t'aime..."                                                                                                       Avant d'embarquer à l'aéroport, un sénégalais trouva le moyen de leur prendre un peu de monnaie contre un renseignement. Puis il leur expliquait que le Sénégal avait beaucoup fait pour la France, mais que c'était pas réciproque. Il les invita à revenir dans son pays avant de les quitter. Manu et ses collègues, amaigris, fiévreux, plumés et verts de chiasse, ne répondirent point...                                                                                                              Mais comment en vouloir aux africains? Avec l'esclavage et les tirailleurs sénégalais, on a saigné à mort leur continent en le privant du meilleur de ses ressources humaines. On leur a imposé un état de conception occidentale, complètement inadapté à leur société tribale et souvent nomade. Comment s'étonner dès lors, que les petits enfants de ces peuples exploités, présentent la facture aux exploiteurs en enflammant leurs banlieues en ce début du XXIème siècle? En tout cas, c'était pas la chiasse et la fièvre de treize petits blancs qui allaient donner le change. Certains se croyaient obligés, à l'époque, de parler du soi-disant "Rôle positif de la colonisation"...                                                                                                  Manu arriva dans son appart de Vertoy au petit matin, après de multiples retards durant le voyage retour. Il pleuvait, il faisait froid.Le_grand_fr_re

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Chapitre16: Les relations

Les_relations-T'as les yeux dans le pâté! Qu'est ce que t'as maigri! Lui dit Marianne le surlendemain, rayonnante après son séjour transalpin. Ils échangèrent quelques cadeaux. Puis après cette courte entrevue dans un resto de Boyème, ils se quittèrent pour reprendre leurs boulots respectifs.                                                                                  Avant de partir, il lui caressa son fessier généreux. Il lui avait tant manqué durant ces deux semaines d'exil.  -Il est beau ton p'tit cul!  -Non il est moche!  Rétorqua Marianne, pas convaincue.                                                                    Les jours qui suivirent, Manu multiplia les analyses médicales qui ne révélèrent rien. Pourtant petit à petit, il commença à dépérir.                                                         Ils reprirent ensuite leurs flâneries, main dans la main, dans les rues de Lamont comme avant leurs voyages. Un jour, ils croisèrent une collègue de Marianne. -ça va jaser lundi matin! Lui dit cette femme qui découvrit ainsi l'existence Manu. Bien qu'elle prit ça à la rigolade, Marianne fut visiblement décontenancée par cette rencontre. Elle ne tenait visiblement pas du tout à mêler vie professionnelle et vie privée. Manu allait s'apercevoir assez vite, que malgré son apparente joie de vivre et son côté très convivial, Marianne entretenait des relations plutôt froides et conflictuelles avec la plupart de ses collègues. Elle avait dans sa boîte, une seule vraie amie, Corinne, une baroudeuse qui avait roulé sa bosse dans le monde entier et qui s'apprêtait à partir pour les Antilles. Manu l'avait rencontré l'ors d'une soirée Africaine à Boyème. Elle était accompagnée d'une fille que Marie n'aimait pas. C'est sans doute pourquoi le contact avec elles fut bref. Quelque chose intrigua Manu. Après avoir fait les présentations, Corinne lui demanda: -Alors comme ça, c'est vous qui m'avait piqué ma copine? Et cela le plus sérieusement du monde. Manu en fut interloqué. Étaient-elles plus que des amies? Pourquoi la question de sa sexualité était-elle aussi taboue? Depuis leur retour en France, ils en étaient revenus au simple "touche-pipi" dans sa Golf comme au début de leur liaison.                                                                                                                                        Du côté des Lasagne par contre ça bougeait. Hélène attendait un heureux événement pour novembre. Du coup, ils trouvaient que leur pavillon allait devenir trop petit pour ce nouvel arrivant, et parlaient de le vendre ou de le louer. Quelques mois plus tôt, alors que Manu se plaignait d'habiter trop loin de Marianne, cette dernière lui avait dit que si un jour ils devaient habiter ensemble, la cité du chêne serait idéale. Là, l'occasion de vivre tous les deux dans cette résidence se présentait. -Mais n'était-ce pas trop tôt? Se dit Manu face à une relation, qui bien qu'au beau fixe, ne décollait pas.                                                                            Un soir, dans un bowling de Lamont, ils retrouvèrent Brice. Il était accompagné d'une amie. Elle s'appelait Pascale, elle était fonctionnaire. C'était une superbe brune d'un bon mètre quatre-vingt, qui était loin de faire ses quarante ans, et qui avait le charme vénéneux d'une Fanny Ardant. Manu pensait qu'il y avait peut-être quelque chose entre elle et Brice. Mais Pascale n'était semblait-t-il qu'une amie. Manu enchaînait les strikes alors qu'il n'avait jamais joué au bowling. Chaque fois qu'il se trouvait avec Marianne, la chance lui souriait, à lui, l'éternel loser... Marianne était pour lui plus que sa petite amie. C'était sa fée, son soleil, qui transformait en or sa morne existence.                                                                            C'était la veille du référendum sur la constitution européenne. -Je te dis que le oui va gagner! J'en suis sure! Dit-elle convaincue face à un Manu dubitatif et prudent. Elle se trompait quelques fois...                                                                            La semaine d'après, ils descendirent à Poitiers avec la mère de Manu pour la communion sa nièce. Marianne, comme à son habitude s'intégra parfaitement à tout le monde. Mais Manu, lui, n'avait dormi que trois heures dans la nuit et fut plutôt effacé.

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